
Comment développer un nécessaire esprit critique tout en restant dans son cocon ? Les enfants, en grandissant, apprennent progressivement à comprendre le monde qui les entoure, il est donc utile qu’ils connaissent l’actualité. Pourtant, les événements peuvent s’avérer difficiles à regarder, voire être véritablement anxiogènes. Claude Berthon, psychologue clinicienne à Courbevoie, explique : “À l’échelle d’un enfant, le monde peut être inquiétant, il n’a pas forcément envie de l’explorer”, surtout si le journal ne fait que détailler les guerres dans un pays puis un autre.
À quel âge faire regarder les informations aux enfants ?
Marie, mère de quatre enfants et aujourd’hui seize fois grand-mère, se souvient : “Mes enfants regardaient les titres du journal de 20h quand nous étions chez ma grand-mère, leur arrière-grand-mère. Elle ne ratait jamais les titres, et ensuite, nous passions à table. Je me demande si, à l’époque, les images n’étaient pas moins impressionnantes. En tout cas, j’aimais aussi regarder avec eux le journal du déjeuner. J’aimais beaucoup Jean-Pierre Pernaut et les reportages régionaux sur les santons de Noël !”
Développer un regard juste sur le monde
Regarder ensemble et ne pas regarder que des catastrophes, voilà une approche positive pour s’ouvrir au monde. En regardant ensemble, les enfants peuvent poser leurs questions, comprendre les causes des conflits, les solutions qui se dessinent, l’espoir possible d’un monde plus paisible. Partager aussi les nouvelles joyeuses montre par ailleurs que le monde n’est pas qu’un champ de bataille. Les enfants de Julie, âgés de 10 à 14 ans, lisent chaque semaine un quotidien adapté aux enfants : “First News est un bon hebdomadaire en anglais, il y a aussi Le Petit Quotidien, en français, que les enfants peuvent lire dès qu’ils savent lire, vers 7-8 ans. D’une part, je trouve les photos moins impressionnantes que les vidéos TV ou Internet, et en plus, ça permet aux enfants de lire. Les mots sont adaptés à leur âge et il y a aussi des nouvelles sont positives : saviez-vous que le nombre de tigres augmente de nouveau ? La protection des animaux a permis d’améliorer la condition de cette espèce, voilà qui est réjouissant !”
La question de l’âge idéal revient au discernement des parents : certains enfants sont plus sensibles que d’autres, certains davantage sujets aux cauchemars, d’autres plus affectés que leurs amis quand ils réalisent et imaginent le quotidien des enfants dans les pays en guerre. La psychologue Claude Berthon explique que les récits d’attentats peuvent développer un sentiment d’insécurité et d’angoisse chez les enfants et les adolescents.
Les recommandations de l’Arcom
“Avant 8 ans, soyez attentif à ce que votre enfant regarde des programmes jeunesse adaptés”, souligne l’Arcom (le Régulateur de la Communication Audiovisuelle et Numérique). Et de préciser : “les journaux télévisés et les chaînes d’information sont déconseillés aux enfants de moins de 8 ans”. D’autant que les enfants peuvent être parfois si bouleversés par des images qui semblent presque anodines à leurs parents, qu’il est parfois difficile de savoir ce qu’ils ressentent.
À partir de 7-8 ans, les enfants peuvent échanger avec leurs parents pour mieux comprendre les grandes lignes des événements dont ils auraient entendu parler à l’école, dans les conversations des adultes, ou en lisant les titres d’affiche en marchant dans la rue. À partir de 10-12 ans, ils peuvent être en mesure de voir certaines images, tant qu’elles ne sont ni trop choquantes ni trop violentes. Les adolescents pourront regarder les informations plus en détail. En revanche – et surtout s’ils regardent les images seuls sur leur téléphone – les parents pourront veiller à partager, expliquer, questionner les événements pour aider les jeunes à développer un regard juste sur le monde, et un regard empreint d’espérance.
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